“A qui profite la peine ?”

By 1 juillet 2016 juin 13th, 2018 18 - Autrans 2016, Conférences, Promotions 2016

La justice en France, le système pénal et l’emprisonnement : Maitre Vernay a discuté avec une soixantaine de lauréats vendredi après-midi, pendant un peu plus d’une heure et demie.

La prison est-elle utile ? A qui ? A quoi ? C’est la question qu’a posée Joelle Vernay pour commencer son intervention. A quoi sert l’emprisonnement des 68 000 personnes détenues en France, dont 14 000 en surnombre ? Avec autant de prisonniers en surnombre dans les différents centres de rétention et maisons d’arrêt français, 1 500 détenus dorment par terre, c’est 40% de plus en un an.

“Bien sûr, si on utilisait un peu moins de moyens pour la sécurité et un peu plus pour la réinsertion, ce serait probablement plus utile.” Avec l’état d’urgence, prolongé suite aux attentats de novembre, le Code Pénal est réformé, et semble parfois laisser les droits de l’homme de côté, notamment pour les prisonniers. “Le tout sécuritaire est prédominant sur la réinsertion.”

Les droits humains, c’est l’un des domaines de prédilection de Maitre Vernay, qui fait partie de la Ligue des Droits de l’Homme, et de l’Observatoire International des Prisons. “La Turquie, avec tous ces emprisonnements arbitraires, n’est pas vraiment une démocratie”, mentionne-t-elle, précisant qu’elle œuvre pour la cause des avocats kurdes qui sont jugés pour avoir défendu des groupes kurdes, considérés comme terroristes par le pouvoir central. “Toute société démocratique doit pourtant organiser la défense [des prévenus/accusés]”.
Les questions fusent et il s’agit plus d’une discussion décomplexée – voire d’un débat – entre l’avocate et les lauréats que d’une conférence en bonne et due forme. Beaucoup de curiosité, et sur des points aussi variés que les femmes en prison, le bracelet électronique et autres alternatives à la prison, le cannabis…

Le temps de comprendre – entre autres – que Maitre Vernay est farouchement opposée aux courtes peines qu’elle juge inutiles, et favorise des mesures hybrides. Ce qui permettrait aussi de désengorger les prisons et de mettre en place de meilleures conditions, pour permettre la réinsertion et, plus simplement, plus de dignité humaine dans des prisons qui semblent parfois frôler la zone de non-droit.

“La liberté, ça m’intéresse, la prison ça me choque. J’espérais que la justice soit juste, que les innocents soient acquittés ou relaxés, que la prison allait former les condamnés à avoir une vie meilleure (…) Je ne vous cache pas que pendant ces trente années je suis allée de déception en déception, mais parce que je croyais toujours qu’on arriverait à convaincre le juge et à obtenir que la justice soit juste, j’ai fait ce métier avec passion et excès.” Son réalisme demeure, même s’il ne tourne pas à un cynisme et reste largement teinté d’idéal. ” J’ai choisi de défendre ceux qui avaient eu moins de chance que moi, pour que les plus défavorisés aient une défense que seuls les riches pourraient se permettre.” De l’idéal, et un certain franc-parler.

Hélène Quinqueton, lauréate 2015 et Vincent Capelli, lauréat 2016

Leave a Reply