Le dessin pour faire tomber les murs. Les lauréats face à Jean Plantu.

L’impatience est palpable dans la grande salle de l’Escandille. Nos curiosités salivent. Nous, lauréats de l’Institut de l’Engagement sommes sur le point rencontrer un maître du dessin de presse, un rêveur qui a fait du crayon une arme de paix. Le voilà qu’il entre dans cette salle comble, Jean Plantu. Tonnerre d’applaudissement.

Tablette en main, il débute son intervention en nous expliquant que « tout le monde peut dessiner », caricaturant sous nos yeux curieux le visage de François Hollande. Des petites formes accessibles à tous pour un résultat indiscutable. Puis une petite souris à l’air facétieux dont il nous explique l’origine : un moyen de conclure une lettre importante, parce que le dessin en dit parfois plus que les mots.

« Cartooning for peace ». Un combat pour la liberté d’expression, vecteur de paix, la conviction que tout peut se régler par la discussion, et que les armes sont vaines, que d’autres chemins sont possibles. Avec Isis Ascobereta également présente à la conférence, il soutient les dessinateurs du monde entier, réprimés car le dessin est résistance, conduisant à la prison dans certains pays du globe. « On fait des ponts là où d’autres essaient de faire des fractures ». Cette phrase qu’il répète deux fois résonne si fort dans la bouche de celui qui est parvenu à faire dessiner sur un même morceau de papier Yasser Arafat et Shimon Peres, un an avant les accords d’Oslo. Le crayon, l’arme qui peut désarmer.

 

En pleine interaction avec un public avide d’en savoir toujours plus, il montre, il explique, il raconte, de digressions en digressions toujours passionnantes. Il dessine aussi, pour expliquer comment on peut résister au formatage des médias en écoutant son cœur. Il circule dans le public, nous regarde de ses yeux gourmands, affirmant : « vous n’imaginez pas ce que vous dites par ce que vous êtes ». Sur les médias, il nous dit qu’il faut « foutre la pagaille », dans la politique aussi. Il faut que les médias soient plus représentatifs de la réalité, se refusant à montrer seulement ce qui va mal. Lorsqu’une lauréate lui demande un dessin pour l’Institut, il la nomme « rédactrice en chef », l’invite auprès de lui et se lance, sur les propositions de la salle, dans la création d’un logo pour l’Institut.

Puis les questions se poursuivent. Quelqu’un lui demande si l’idée que le dessin peut changer les choses n’est pas utopique. En réponse, il nous explique que, lorsque Yasser Arafat l’a salué après qu’il est sorti de sa « voiture pourrie », il a fait « comme si », comme s’il était le célèbre Plantu. « Quand on fait comme si, ça ouvre toutes les portes » lance-t-il à la salle suspendue à ses lèvres. Il nous invite à changer le monde : « Par votre énergie, par votre force, vous allez voir des murs qui vont tomber ».

C’est promis monsieur Plantu, les murs, on les fera tomber un par un.

Maëva Gardet-Pizzo, lauréate 2016

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