Quelle lecture faire de Hedi ?

Le 17 janvier 2017, nous avons eu l’intervention du réalisateur tunisien Mohamed Ben Attia venu nous présenter son premier long métrage : Hedi.
Ce film, certains l’ont adoré et d’autres l’ont détesté. C’était d’ailleurs fascinant de constater que, d’un individu à un autre, la lecture des scènes phares était très différente. Essayons ensemble de comprendre pourquoi.

Le personnage principal, incarné par Majd Mastoura (24 ans au moment du tournage) a une oreille décollé, une calvitie bien entamée et un corps banal… bref, même le réalisateur le reconnaît, il est moche et pas franchement charismatique. Ce qui en a amené quelques uns à se poser cette grande question existentielle : « Pourquoi il fait acteur celui-là ? ».

Pourtant, n’est-ce pas là sa force ? Qui aurait incarné mieux que lui le rôle du mec ordinaire que nous croisons dans la rue sans y faire attention. Et Hedi, c’est justement ça.

Hedi c’est le type qui a toujours laissé les autres tracer sa vie à sa place, que ce soit concernant son lieu de vie, son boulot ou en amour. Hedi c’est le type qui est censé préparer un mariage et ramener de nouveaux clients pour Peugeot mais qui préfère fuir toutes ces responsabilités et aller bronzer sur la plage. Hedi, c’est le type étouffé par son mode de vie mais qui ne cherche pas vraiment à respirer non plus.

Et comme dans un film il faut toujours un élément perturbateur, il va rencontrer Rim : la danseuse pleine de joie de vivre. Elle va l’amener à s’interroger sur ses propres rêves, sur ses réels désirs. Il va tomber amoureux avec une maladresse attendrissante. Et pendant un temps éphémère, il va prendre une grande respiration dans sa vie de blasé. Dans l’ivresse de l’amour et de l’absence de responsabilité, Hedi va s’ouvrir, sourire, tenter des choses qu’il n’avait jamais tentées et remettre en question tout ce qui lui était imposé jusqu’alors. Allant même jusqu’à se confronter à son reflet « sa fiancée » à laquelle il va demander : « mais qu’est ce que tu veux faire de ta vie ? ».

Enfin il va avoir un choix à faire. Partir à Montpellier avec la femme dont il est passionnément amoureux ou retourner auprès de sa mère.

Non… il est important de reformuler cela…

Nous croyons  qu’il n’a que ces deux choix. Et c’est là tout l’intérêt de la fin du film. S’il avait suivi Rim, cela aurait condamné le film à passer sur M6 l’après-midi. S’il était revenu auprès de sa mère, ça n’aurait été qu’un retour en arrière. Mais la force d’Hedi, c’est qu’il choisit de ne pas choisir ! Il choisi une voie qui n’existe pas encore.  Et ça c’est beau !

Mais ça ne répond pas à la question du départ tout ça !

Si, puisque cette fin laisse une sensation de frustration. Nous commencions juste à nous attacher à ce personnage qui incarne la lâcheté, la peur d’avancer et le manque de confiance en soi. Et quand il  refuse finalement de partir à Montpellier, nous avons l’impression qu’il nous pose un lapin. Nous avons envie de l’engueuler : « Va s’y ! t’as tout plaqué pour elle, alors va s’y ! ». Nous aurions aimé qu’il fasse les choses jusqu’au bout, mais quelque part nous savions depuis le début que ce n’était pas en lui. Et c’est seulement quand la frustration se dissipe que nous pouvons savourer pleinement Hedi.

Texte : Léa Cantarutti, lauréate 2016
Photos : Marie Vial-Bonacci, lauréate 2016

Leave a Reply