Les lauréats savent-ils nager ?

Après deux jours passés à Marseille, nous avons pris la mer pour rejoindre Tunis. Chassés par le mistral, nous nous sommes aventurés sur les eaux impétueuses de la Méditerranée. Deux jours plus tôt, nous visionnions Les migrants ne savent pas nager, un documentaire de Jean-Paul Mari qui nous ramène à la réalité en nous montrant la face sombre de la Méditerranée, celle qui avale les êtres humains, loin des paysages de cartes postales. Au cours de la traversée, beaucoup d’entre nous n’ont pu s’empêcher de repenser à ce documentaire.

« Quand je suis montée sur le bateau, j’ai pensé aux migrants. Je me suis sentie gênée. Le voyage est long, on est sur un grand bateau, confortable. Eux sont cent trente, sur un petit canot. Je ne sais pas comment ils font ».
Dieudonné, lauréate 2016, 24 ans.

« Quand je regarde l’horizon, je pense aux gens qui ont péri. Cela me donne envie de faire quelque chose pour que ça ne se reproduise pas ».
Ketaka, lauréate 2016, 26 ans.

« Avec un lauréat, on a pour projet d’organiser la projection du film Les migrants ne savent pas nager pour des classes de lycéens à Grenoble. Mon ami a hébergé pendant plusieurs mois un Libyen qui a traversé la Méditerranée sur une embarcation de fortune. Nous voudrions le faire intervenir devant les lycéens ».
Charly, lauréat 2016, 20 ans.

« Aujourd’hui ce qui m’inspire le plus, ce n’est pas ce documentaire, mais les personnes sur le bateau qui nous ont demandé qui nous sommes. Ils nous ont dit qu’ils étaient heureux que des jeunes venus de France aillent en Tunisie pour se rendre compte des changements après le régime Ben Ali, et que les valeurs d’engagement dépassent les frontières ».

Texte et photo : Ivan Rakotovao, lauréat 2016

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