Willis from Tunis : des dessins à grand dessein

Dernier jour à Tunis, dernière conférence.
Sur scène, Nadia Khiari. Caricaturiste de la révolution de Jasmin, elle s’apprête à retracer avec nous l’histoire de la Tunisie, dates après dates, dessins après dessins.

Pour cette dessinatrice franco-tunisienne, tout débute le 13 janvier 2011.
Après vingt-trois années de contrôle de l’Etat, après des mois et des mois d’indignation et de manifestations de la population tunisienne, le président Ben Ali s’adresse à ses concitoyens avec ces mots « Je vous ai compris ». Liberté de la presse, droit de manifester, élections libres : un large plan de démocratisation est promis.
Il n’en faut pas plus à Nadia Khiari pour publier sa première caricature sur Facebook. Le rire devient son arme contre la peur, son chat devient son personnage phare, Willis from Tunis devient l’une des icônes de la révolution tunisienne.

Chaque jour est publié un nouveau dessin dans lequel ce matou vit et commente l’actualité brûlante du pays. La joie de voir le président Ben Ali quitter le pouvoir, la désillusion face à la montée de l’extrémisme, la crainte de régresser de nouveau après la révolution, l’espoir de vivre dans un pays respectueux des droits de l’Homme… sont autant de sentiments que Nadia retranscrit en images sur les réseaux sociaux. La langue choisie varie : l’arabe, le français ou parfois les deux. Chaque phrase choc prononcée par les politiciens du pays est reprise, analysée en fonction de la réalité sociétale et caricaturée.

Son coup de crayon séduit et le nombre d’internautes suivant les aventures de ce chat aux griffes acérées explose, passant de 20 à 1500 en une semaine sur Facebook. Des collaborations voient alors le jour. D’abord avec d’autres tunisiens – notamment des graffeurs avec qui elle descend dans la rue pendant la révolution – et ensuite avec des caricaturistes français. Parmi eux, le dessinateur Maurice Sinet, dit Siné. Ancien de Charlie Hebdo, il lui propose de travailler pour son journal satirique français. A cela s’ajoute des travaux pour Le Courrier International et Zélium. Les propositions affluent et le succès se confirme : Nadia reçoit plusieurs distinctions pour ses caricatures, dont le Prix Honoré Daumier et Prix International de la satire politique.

Membre du collectif Cartooning for Peace qui milite en faveur du respect des cultures et de la démocratie, Nadia Khiari continue aujourd’hui de promouvoir la liberté d’expression dans son pays. Elle projette notamment d’animer des ateliers sur cette thématique dans les écoles et dans les prisons tunisiennes. Par ailleurs, elle intervient auprès de diverses ONG qui soutiennent des causes qui lui tiennent à cœur – lutte contre la torture ou défense des homosexuels – en mettant gratuitement à leur disposition ses dessins.

Ovationnée pour son engagement et son discours, Nadia Khiari est l’une des figures fortes de cette université d’hiver. Au terme de sa conférence, la promotion lui a donc fait une demande particulière : dessiner le logo d’Alheli ! Nous attendons maintenant son retour avec impatience. A suivre….

Texte : France-Alexya Malle, lauréate 2016

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