Université d’Autrans : petite histoire de lâcher prise et grande histoire d’espoir !

By 1 juillet 2018 juillet 23rd, 2018 26 - Autrans 2018, Promotions 2018, Témoignages

Autrans, pour moi, a commencé par de la panique et s’est terminé avec un immense sentiment de possible. Et de gratitude, aussi. Entre les deux, beaucoup d’émotions, de rencontres, d’écoute, de partages, de débats et une énergie collective sans limite !

Le collectif, parlons-en, justement. Je m’appelle Gaëlle, j’ai 26 ans et il y a encore un an à peine, les groupes, les foules, les grands rassemblements, je fuyais. Le travail à plusieurs, les débats animés, les activités « pour être ensemble », j’évitais comme la peste, n’ayons pas peur des mots. Puis il y a eu une année de service civique à Unis Cité, au sein du programme Rêve & Réalise, durant laquelle j’ai découvert qu’en fait, le groupe, cela pouvait aussi être constructif, stimulant, enrichissant, drôle, agréable. Qu’avec un peu d’attention et de respect mutuel, chacun pouvait y prendre sa place, y défendre son point de vue, y suggérer une idée et y avoir des besoins sans être forcément critiqué, méprisé, mis à l’écart s’il exprimait une opinion différente ; que les opinions différentes pouvaient nous enseigner de nouveaux savoirs et nous apprendre à penser plus largement ; et que la différence pouvait aussi être accueillie et bienvenue. De toute façon, différents, nous l’étions tous complètement : milieu d’origine, culture, religion, orientation sexuelle, parcours, handicap, personnalité, nous venions de tous les horizons et avions des attentes, des aspirations, des centres d’intérêt divers… à tel point que la différence est devenue une sorte de norme, du moins, c’est ainsi que je l’ai ressenti. Pour moi, fini le sentiment d’être tout le temps un peu à part parce que non-voyante, le malaise de ne pas vouloir déranger en demandant de l’aide lorsque nécessaire et la gêne de mes interlocuteurs lorsqu’il s’agissait d’aborder la question ; j’étais simplement Gaëlle, individu parmi les autres, avec mon projet, mes affinités et mes goûts. Rien de plus, rien de moins. Et croyez-moi, vivre ça à 25 ans, c’est une petite révolution…

Pourtant, en arrivant à Autrans, j’avais un peu oublié tout ça, la confiance, l’ouverture, l’aisance, je me demandais plutôt comment j’allais survivre une semaine au milieu de 300 personnes inconnues – jour et nuit ! -, sans parler de réussir à me repérer entre les différents bâtiments et les grands espaces verts… tout petit défi en perspective, donc ! Effectivement, les deux premiers jours, j’ai puisé loin dans mes réserves de volonté pour oser sortir, aller au contact, demander à de parfaits inconnus de m’accompagner jusqu’à telle salle, jusqu’à ma chambre ou de m’aider à m’inscrire aux ateliers ; pour aborder les lauréats de la première table venue et leur demander de m’aider à me composer un petit déjeuner ; et même, à quelques reprises, pour marcher au hasard sans savoir où j’allais et qui j’allais croiser, parce que j’avais envie d’être dehors et de profiter du moment, simplement. Ca n’a pas été facile, j’ai dû ranger mon orgueil, tous mes sentiments négatifs vis-à-vis de la dépendance, mon malaise de ne pas reconnaître les voix et quelques autres peurs que je connais bien, mais la suite de la semaine m’a donné raison de l’avoir fait et j’aurais manqué tellement si je m’étais repliée dans ma zone de confort sécurisante !

Autrans, après ça, ça a été des ateliers, des conférences, des projections (mention spéciale pour le film Of men and war de Laurent Bécue-Renard et aux échanges que nous avons pu avoir avec ce réalisateur profondément humain), des discussions, une course d’orientation, des réveils sportifs, des pauses au soleil dans l’herbe, du théâtre, du chant (merci Margaux d’avoir guidé nos 300 voix), des réflexions, des idées, des rires, de la fatigue aussi mais ça n’avait pas d’importance parce que je ne voulais plus rien manquer de cette semaine unique… J’avais eu tort d’avoir peur, il suffisait d’oser pour que les choses se fassent d’elles-mêmes ensuite.

C’est sur ce mot que j’ai envie de conclure : oser. Oser l’inconnu, le dépaysement, la nouveauté, oser s’impliquer, s’engager, oser prendre des risques et surtout, oser y croire, se tromper, réessayer et trouver de nouvelles voies. Il y aura toujours du doute, du découragement, des peurs, des mots blessants, des injustices, des portes fermées, mais tant que nous croirons en nous, nous avancerons et dépasserons ces freins. Si quelqu’un nous avait dit il y a un, deux, trois ans que nous serions capables de venir à bout de cette candidature et d’être sélectionnés par l’Institut de l’Engagement, de trouver notre formation, notre emploi, de créer notre entreprise ou notre association, de partir à l’étranger ou d’avoir un peu plus confiance en notre avenir, l’aurions-nous cru ? Pas sûr… Ces derniers mois, j’ai été frappée par certaines histoires de jeunes qui, à un moment de leur vie, avaient perdu tout repère, familial, matériel, psychologique et qui, pourtant, ont su faire preuve de ressource, saisir une main tendue pour ne pas stagner, pour s’en sortir. Ces parcours m’inspirent et j’en ai encore croisé quelques-uns à Autrans, qui m’ont à nouveau montré que c’était possible, possible de se dépasser, de faire sa part, d’incarner des valeurs et des idées peu importe l’âge ou le vécu. Les jours de découragement, de fatigue, de consternation devant les dérives humaines quotidiennes, je repenserai à cette grande force qui se dégageait de notre promotion EBLA, et j’aurai de nouveau envie de croire que nous pouvons faire un pas de côté, regarder le monde différemment et agir pour qu’il change. Loin d’un simple discours idéaliste naïf, c’est ce que j’ai vraiment éprouvé durant cette semaine et c’est tellement précieux !

Gaëlle Reynaud, lauréate Printemps 2018

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