A La Rochelle, 150 jeunes lauréats participent au Grand Débat

By 26 janvier 2019 février 19th, 2019 29 - La Rochelle 2019, Conférences, Promotions 2018

Samedi 26 janvier 2019, à La Rochelle, 150 lauréats de l’Institut de l’Engagement ont reçu la visite d’Emmanuelle Wargon, Secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, et de Gabriel Attal, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse.

Dans le cadre du Grand Débat, lancé par le gouvernement le 15 janvier 2019 et qui durera jusqu’au 15 mars, plusieurs figures politiques parcourent les routes de France afin d’aller à la rencontre des citoyens. Des rassemblements sont organisés dans de nombreuses communes depuis plusieurs semaines. Malgré cette opportunité de prendre la parole, on peut remarquer que les jeunes ne sont que très peu présents dans les débats. Afin de remédier à ce constat, les Secrétaires d’État Emmanuelle Wargon et Gabriel Attal sont allés à la rencontre des lauréats de l’Institut de l’Engagement, réunis à La Rochelle pour une Université de l’engagement de la promotion d’automne 2018.

VALORISER L’ENGAGEMENT

Parmi ces jeunes, beaucoup ont un parcours atypique. Le critère d’admission à l’Institut de l’engagement est d’avoir été engagé durant une certaine période déjà. La plupart d’entre eux ont effectué un Service Civique d’une durée minimum de 6 mois. Les autres sont engagés de longue date dans une association. Martin Hirsch, président et co-créateur de l’Institut, a été haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté et à la Jeunesse de 2007 à 2010, au sein du gouvernement Fillon. C’est durant cette période qu’il pilota la création du Service Civique. Il créa l’Institut de l’Engagement avec Claire de Mazancourt, aujourd’hui directrice générale. L’idée est d’accompagner les jeunes engagés dans leurs projets, et ainsi de valoriser leur engagement civique et citoyen.

Les lauréats avaient préparé l’arrivée des politiques. Ils ont formé des groupes de débats afin de mettre en lumière les sujets qu’ils souhaitaient aborder impérativement. Les plus récurrents furent l’environnement, la démocratie et le tirage au sort, l’éducation et l’école, les inégalités et discriminations, etc. Les Secrétaires d’État ont pu assisté à la fin des échanges lors de leur arrivée sur les lieux.

TIRAGE AU SORT

Après une brève exposition des règles élémentaires à respecter pour un bon déroulement du débat, les lauréats sont invités à exposer leurs revendications. Une discussion sur le tirage au sort comme moyen d’élection a démarré. La promotion a simulé un tirage au sort de 10 d’entre eux pour tester le procédé, et réfléchir à sa mise en place. Ces élus ont exposé 10 points de réglementation du dispositif. Les premiers seraient que « toute personne de plus de 18 ans, et inscrite sur les listes électorales peut-être tirée au sort » et que « toute personne tirée au sort a le droit de refuser son nouveau rôle ». Il a ensuite été question du statut, qui serait le même que les élus actuels, y compris le salaire. Une formation de 4 mois avec d’anciens élus serait prévue, afin d’équiper comme il se doit les nouveaux représentants, et ils auraient également le droit à des garants pour les accompagner, et vérifier la neutralité de la formation reçue. Il est précisé qu’il n’est évidemment pas question de tirage au sort pour l’élection présidentielle, ni pour les membres du Sénat, mais que ce système s’appliquerait aux conseils municipaux, départementaux, régionaux, ainsi qu’à l’Assemblée Nationale. Pour chacune de ces structures, les tirés au sort représenteraient 20% des élus.

E. Wargon a ensuite pris la parole pour réagir suite à ces propositions. Elle dit trouver le procédé amusant, apprécie l’idée dans le but d’une meilleure représentation de la société. Elle questionne sur la durée du mandat de ces individus, ainsi que leur légitimité, étant donné qu’ils n’auront pas été choisis par le peuple. G. Attal poursuit les interrogations sur l’effet de ce tirage au sort dans la fabrique de la loi.
D’après les tirés au sort qui ont réfléchi à ce dispositif, la formation de 4 mois proposée après la nomination permettrait aux individus de se sentir légitime et de le devenir aux yeux des citoyens. Si au bout de 2 ans et demie, soit la moitié du mandat, l’élu ne se sent pas légitime et préfère quitter sa fonction, un nouveau tirage aurait lieu.
Parmi les aspects positifs de cette pratique innovante ont été relevés le fait que les élus n’avaient pas de programme établi, donc rien à défendre par avance. Cela permettrait de voir éclore des idées plus neutres avec moins d’intérêts personnels et financiers. Ceci n’étant qu’une ébauche de proposition, pensée en quelques heures, il est dit que la démarche peut être améliorée et redéfinie au fil du temps si certains points ne fonctionnent pas lors de l’application.

DÉMOCRATIE

Proposition de réécriture de la Constitution car celle-ci date de 1958, jugée trop vieille et ne correspondant pas à la société actuelle. Constat d’une fracture entre citoyens et députés, encouragement de rassemblements afin de débattre, que ce soit au travers d’institutions ou non. Les jeunes générations sont de moins en moins politisées, il est donc proposé de réintroduire de la politique, peut-être sous forme de débats, à l’école afin de sensibiliser les plus jeunes au milieu. « Quel est le rôle de l’école dans ce système ? » « Comment faire pour intéresser les plus éloignés de ce sujet ? » Réelles questions, d’autant plus d’actualité dernièrement. Il est proposé de valoriser l’engagement dans les écoles, d’en parler au travers des passions des plus jeunes.
Gabriel Attal, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, témoigne d’un réel intérêt pour cet échange. Il donne son propre exemple, le plus jeune membre du gouvernement nommé à seulement 29 ans, pour montrer que la jeunesse est trop peu prise au sérieux. « Il est souvent dit que les jeunes sont l’avenir, mais les jeunes sont également et surtout le présent. » Le rôle des jeunes générations est important, décisif et permet l’évolution de la société. Emmanuelle Wargon relève ensuite la problématique de la place du vote, comment remédier au fait que de moins en moins de citoyens se déplacent jusqu’aux bureaux de votes ? Il est alors avancé une solution plutôt simple, qui pourrait révolutionner cette pratique. Elle serait de permettre le vote par internet, et ainsi de s’adapter au mode de vie actuel. Nous vivons à une époque où la connexion est plus que jamais présente mais où la population est plus que jamais déconnectée.

ENVIRONNEMENT

La sensibilisation commencerait par l’éducation. Une journée serait donc mise en place à l’école, où les enfants devraient être accompagnés par leurs parents (idée de « congés écolos » afin de pouvoir se libérer). Il faudrait également recenser les bonnes actions déjà mises en place sur chaque commune, ce qui permettrait de les instaurer ensuite au niveau national. La mise en place de campagnes gouvernementales afin de montrer la chaîne de production des produits consommés en masse est également une idée avancée. Cette exposition pourrait aider à favoriser les produits biologiques et locaux. Concernant le plastique, il est proposé d’amorcer une transition des entreprises qui le produisent, et pourquoi pas les transformer en centre de tri et de recyclage afin de conserver les emplois. Il est également avancé l’idée d’une récolte citoyenne du plastique : contre tout élément en plastique ramené au point de collecte, un service serait offert, comme par exemple un ticket de transport. Et enfin des idées déjà évoquées maintes fois mais trop peu mises en place, comme la communication des entreprises sur les mesures qu’elles ont mises en place pour l’environnement, ou encore l’encouragement du recyclage des produits électroniques ainsi que l’arrêt de l’obsolescence programmée.

ÉDUCATION

Concernant l’éducation, il est proposé de revenir sur la formation des enseignants, ainsi que le budget prévu afin d’éviter la suppression de postes. Le questionnement suivant fût vis-à-vis de l’accessibilité du savoir sur internet. Le rôle des professeurs est alors plus que jamais remis en question. Peut-être est-ce l’heure de revoir la méthode d’apprentissage ? Il faudrait réfléchir à l’aide que le personnel éducatif peut apporter aux enfants pour accéder aux informations, pour les aider à s’exprimer et à réfléchir. La méthode d’apprentissage adéquate varie selon les personnalités, mais aussi en fonction de la collectivité. Le manque de mixité au sein des grandes écoles est également une remise en cause importante. La valorisation de l’expérience et des expériences associatives seraient à préconiser, plutôt que celle des études précédentes ou des connaissances (lors des concours par exemple).
Gabriel Attal, secrétaire d’état auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, relève alors qu’il faudrait redéfinir l’engagement. Il faut montrer en quoi cela consiste, permettre de le valoriser. Il confirme que les chances scolaires ne sont en effet pas les même selon les origines sociales, familiales, etc. La discussion à ces sujets reste ouverte. Il invite donc les lauréats de l’Institut de l’engagement à lui transmettre leurs idées, et émet l’hypothèse d’une rencontre future pour en discuter. Pour conclure, Emmanuelle Wargon salut l’engagement des volontaires, ainsi que l’espace de débat citoyen mis en place ce jour-là.

Photos : Lavan Natkunam
Texte : Perrine Bontemps

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