Interview avec Louise Michaud, lauréate et réalisatrice du film “Les Fourmis”

By 26 janvier 2019 février 28th, 2019 29 - La Rochelle 2019, Lauréats, Promotions 2018

Samedi 26 janvier, nous avons eu la chance d’assister à la projection du film documentaire « Les fourmis, construire ensemble l’école de demain » de Louise Michaud. C’est en total autodidacte que cette lauréate de la promotion d’automne 2018 et étudiante en Master 1 d’Architecture à Paris, nous a présenté son premier film documentaire sur l’architecture scolaire.
Un moment riche en émotion où nous avons pu apprendre à découvrir cette jeune femme qui nous a mis des étoiles dans les yeux.
Voici un petit retour sur son expérience et sur les instants qui l’ont marqué durant cette aventure :

Pourrais-tu nous expliquer ce qui a motivé ta démarche ?
C’est en fait un concours de circonstances qui m’a amené à faire ce film. Il y a eu la rencontre avec Paul, un petit garçon porteur de Trisomie 21, qui m’a ouvert les yeux sur la difficulté de l’inclusion scolaire, ce qui m’a ensuite amené aux méthodes pédagogiques alternatives (Montessori, Freinet, Steiner…). Il faut aussi dire que ma maman est enseignante, elle a toujours cherché à innover et à améliorer sa pratique tout au long de sa carrière, ce qui a fait naître en moi un profond respect pour les métiers de l’enseignement. Ces raisons m’ont poussées à rédiger un mémoire sur l’architecture scolaire pour valider ma licence en école d’architecture. Pour la rédaction de ce dernier, j’ai fait beaucoup de recherches et je me suis rendue compte que de nombreux enseignants français souhaitaient faire évoluer leurs pratiques pédagogiques mais se sentaient souvent contraints par l’espace de leur classe et d’autres avaient fait preuve d’une grande ingéniosité pour dépasser ces contraintes. L’idée était d’encourager les enseignants en leur montrant que c’était possible et en leur donnant des astuces concrètes. J’ai longuement hésité sur le medium que je voulais utiliser, mais le film m’a paru la manière la plus efficace de faire le lien et de traiter cette thématique.

Toute cette aventure a dû être fantastique, pourrais-tu nous parler d’un ou deux moments qui t’ont marqué plus que les autres ?
Oui, c’était absolument fantastique et inoubliable. Ce que je retiens c’est l’excitation lorsque je découvrais un nouvel établissement et que j’observais les enfants et leurs compétences (tant scolaires qu’humaines) incroyablement développées pour leur âge ! Je me souviens qu’à chaque fois que je sortais d’un tournage, je me disais que j’allais me réorienter et devenir enseignante ! Mais dès que je regardais les images pour les trier, je me disais que je n’en serais pas capable… c’est un métier si exigeant !

Quelles sont les principales difficultés que tu as rencontrées ?
Avec le recul j’oublie peu à peu les difficultés, avec le temps on ne garde généralement que les bons souvenirs ! Je dirais que la négociation avec certains inspecteurs me mettait parfois hors de moi, j’ai eu quelques moments de découragement où je me suis dit que je n’y arriverai pas ! Puis ensuite, indéniablement, le montage du film que j’ai trouvé interminable !

Que retiens-tu de ces nouvelles méthodes d’apprentissage ?
Désormais avec le recul je me rends compte que les écoles où les enfants étaient les plus curieux, autonomes, sociables, et surtout, semblaient les plus heureux étaient les écoles où les enseignants avaient créé leur propre « méthode » en s’inspirant de différentes pratiques pédagogiques, celles où les enseignants avaient pris la liberté de créer un enseignement où eux-mêmes se sentaient libres et à l’aise. Je ne suis donc pas particulièrement pour l’application doctrinale d’une méthode, ce qui n’étaient absolument pas mon point de vue avant ce film…

L’inclusion semble tellement totale, comment l’as-tu vécu ?
C’est à la fois déroutant et beau à voir, j’ai souvent été émue par des gestes simples et tendres d’enfants envers d’autres, mais aussi déconcertée par cette facilité pour les enfants de gommer les différences entre eux. Pourquoi est-ce si difficile pour nous, adultes, de pratiquer cette sincère fraternité (et sororité !) ?

Tu nous as expliqué être partie seule et avoir tout réalisé par tes propres moyens, qu’est-ce que cette aventure t’a appris sur toi ?
Je suis sortie de cette aventure riche d’une meilleure connaissance de moi-même, j’ai été (ou je me suis) parfois mise à rude épreuve, dans des situations inconfortables, mais j’ai pu découvrir qui j’étais et ce que je voulais et ne voulais pas faire de ma vie. Cette aventure était aussi quelque part une quête de sens pour moi, trouver ce qui me faisait vibrer et ce que je pouvais apporter aux autres. Je pense avoir trouvé une partie de la réponse désormais. Je suis aussi sortie de cette année de voyages et d’échanges avec une grande gratitude, bienveillance et ouverture d’esprit, j’ai indéniablement grandi grâce à cette expérience.

Texte : Amandine Maret
Photo : Louise Michaud

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