Portrait d’une lauréate : Il ne sert à rien d’arrêter de rêver

By 2 juillet 2019 juillet 23rd, 2019 30 - Autrans - 2019, Lauréats, Promotions 2019

Guennët a grandi dans une famille militante qui a toujours eu pour devise « L’Humain d’abord ». Sa mère médecin de profession rencontre son père lors d’une mission humanitaire en Éthiopie. Ensemble, ils retournent s’installer en Normandie où Guennët est née. Depuis son plus jeune âge, elle cherche son chemin entre les paysages normands et ceux de la région de Kembata où vit une partie de sa famille à qui elle rend visite tous les deux ans. Animée par les valeurs de solidarité, de respect et d’échanges transmises par sa famille, Guënnet choisit après son baccalauréat de s’inscrire en BTS d’économie sociale et familiale. Durant son cursus elle réalise un stage long dans un orphelinat en Éthiopie : cette expérience auprès des enfants des rues laisse en elle une marque indélébile.

À son retour en France, Guennët termine son BTS avec succès et poursuit ses études pour obtenir un Diplôme d’État afin d’exercer en tant que conseillère d’économie sociale et familiale. Elle réalise son mémoire sur le décrochage scolaire des jeunes de banlieues et ses répercussions sur l’insertion professionnelle. Après un oral de soutenance raté, elle n’abandonne pas et choisit de se réinscrire pour cette année 2019 afin de valider son diplôme. En parallèle, elle entame des recherches pour trouver un Service Civique et répond à une annonce en région parisienne où elle déménage pour rejoindre l’association « ZUPdeCO » qui intervient dans les collèges du 18ème arrondissement de Paris et accompagne des jeunes en difficultés scolaires. Dans cette association, Guënnet a travaillé en équipe pour animer des séances individuelles et collectives et organiser des activités avec ces collégiens vivant dans des « zones sensibles ». Elle s’est également occupée de coordonner le suivi des collégiens et a organisé des séances de tutorat pour les aider à progresser et à surmonter leurs difficultés scolaires. Ce qui lui a le plus plu dans son service civique : agir auprès de plusieurs jeunes adolescents avec des parcours de vie différents, être à leur écoute et pouvoir diagnostiquer avec eux leurs besoins pour leur proposer des solutions personnalisées. Guënnet me confie alors que son service civique lui a permis de réaliser que « la connaissance, c’est la clé de tout ».

Petit à petit, au fil de ses expériences et de ses rencontres, les idées se multiplient dans sa tête et un rêve grandit en elle : celui de pouvoir retourner en Éthiopie dans la région natale de son père pour aider les orphelins. S’en suit une grande période de doute sur la légitimité et la faisabilité de son rêve qui parait encore si lointain. En quête d’opportunités et de conseils, elle décide après avoir assisté à une présentation de l’Institut animée par Martin Hirsch à Paris de postuler à l’Institut de l’Engagement. Parmi la multitude de projets qui lui viennent à l’esprit elle finit par en sélectionner un pour sa candidature : construire une école en Éthiopie. Elle commence alors à remplir le dossier avec l’aide de sa référente service civique mais elle renonce finalement à candidater pour la session d’Automne 2018. « L’Institut de l’Engagement c’est l’opportunité que j’attendais depuis des mois mais au moment de remplir le dossier j’ai réalisé que je n’étais pas prête, que mon projet n’était pas assez concret. J’avais envie de mettre toutes les chances de mon côté et pour cela il fallait que je sois sûre à 100%. J’ai donc préféré partir en Éthiopie pour parler sur place de mon projet avant de le présenter à l’Institut de l’Engagement lors de la session de printemps 2019».

Aussitôt pensé, aussitôt fait. Guënnet s’envole au mois d’août pour la région de Kembata où elle reste deux mois. Hébergée par ses proches qui la soutiennent, elle commence à prendre confiance en elle et communique avec les habitants sur son projet. Elle recueille de nombreux témoignages et diagnostique les besoins de la population pour mieux orienter son projet et étudier sa faisabilité. Sur place, elle rencontre également le président d’une ONG. Ce dernier l’encourage dans sa démarche, lui donne de nombreux conseils et l’invite même à participer à un meeting régional annuel organisé prochainement pour présenter son projet. Guënnet accepte l’invitation et prend son courage à deux mains le Jour J. Devant une assemblée composée d’habitants, de professeurs, d’élus municipaux locaux et de plusieurs collaborateurs d’ONG travaillant sur place elle se lance. « Même si j’étais complètement terrifiée à l’idée de monter sur scène pour présenter mon projet devant tout le monde je savais que c’était le moment où jamais. Cette intervention c’était l’opportunité pour que mon rêve devienne un peu plus réalité ». À la suite de sa prise de parole en public, elle reçoit de nombreux conseils de la part des membres de l’assemblée et échange à plusieurs reprises avec la municipalité qui lui propose plusieurs pistes et des contacts pour affiner son projet. À son retour en France, elle sait désormais ce qu’elle a vraiment envie de faire et comment y parvenir. « En revenant j’ai compris que le meilleur moyen de réaliser mon projet était de fonder une ONG pour développer mon activité sur place. »

Guennët se lance à nouveau dans la constitution du dossier pour l’Institut de l’Engagement session printemps 2019. Elle choisit sans hésitation le parcours création d’activité et décrit son projet d’ONG qui sera dédiée au développement local et agira dans trois domaines : la protection de l’enfance, l’éducation et l’agriculture. « En allant sur place pour étudier les besoins, j’ai compris que la protection de l’enfance, l’éducation et l’agriculture sont les domaines dans lesquels j’ai envie d’agir pour rendre service à la communauté. J’envisage dans un premier temps d’ouvrir un centre d’hébergement pour accueillir les enfants des rues avec un personnel formé sur place qui pourra travailler dans de bonnes conditions et aider les enfants à s’épanouir. L’éducation sera ma deuxième priorité avec la construction d’une école puis d’un centre agricole pour former les jeunes à de nouvelles façon de cultiver la terre. Je n’ai pas envie que les méthodes de productions agricoles intensives que l’on utilise en France soient exportées là-bas. Il faut sensibiliser les populations sur les risques de notre modèle agricole pour l’économie et l’environnement et leur donner les outils pour qu’ils puissent développer des cultures locales et biologiques qui dureront sur le long terme et permettront au village d’être autonome. Mon frère qui pratique la permaculture est prêt à s’engager avec moi dans ce projet. » Le 31 janvier le dossier de candidature à l’Institut de l’Engagement est complet et envoyé, le 7 mars elle passe l’oral d’admission pour l’Institut et quelques semaines plus tard le verdict tombe : Guennët est officiellement lauréate de la promotion Printemps 2019 ! Le rendez-vous est pris pour la 30ème Université de l’Engagement.

« Ce qui m’a avant tout motivé pour candidater à l’Institut de l’Engagement c’est d’être encadrée dans mon projet par un chargé d’accompagnement et le fait de pouvoir être suivie par un parrain ou une marraine. Être entourée par des personnes qui connaissent mon projet et qui sont prêtes à m’aider pour planifier tout ce que j’ai à faire ça me rassure et m’aide à avancer ! Et maintenant que je suis là à l’Université de l’Engagement j’ai le sentiment que mon rêve devient vraiment réalité. Grâce aux ateliers auxquels j’ai participé je comprends mieux comment élaborer mon projet, le concrétiser et le gérer. J’ai plus de connaissances sur les formalités administratives à effectuer. Je me sens prête pour réaliser le business plan de mon activité et entamer les démarches pour trouver des associés financiers et des sponsors prêts à me soutenir. En trois mots l’Université de l’Engagement c’est : une chance, des rencontres formidables et pleins d’opportunités

Alors petit conseil à toutes et à tous de la part de Guennët : « Il ne sert à rien de s’arrêter de rêver ».

Texte et photos : Amélie Delobel

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