Compte rendu : L’Europe, c’est nous : quel potentiel pour le dialogue ?

By 3 juillet 2019 juillet 23rd, 2019 30 - Autrans - 2019, Ateliers, Promotions 2019

Atelier animé par Léa Klein, ancienne lauréate de l’Institut de l’Engagement.

Introduction

Cet atelier propose d’explorer la cohésion européenne qui doit aujourd’hui plus que jamais construire avec la diversité. Le constat actuel des nationalismes et autres particularismes pousse à considérer les différences culturelles comme la source de la difficulté du vivre ensemble sur le continent.

Ainsi le Conseil de l’Europe déploie régulièrement des dispositifs comme le dialogue interculturel, qu’il définit comme « un processus d’échange de vues ouvert et respectueux entre des personnes et des groupes de différentes origines et traditions ethniques, culturelles, religieuses et linguistiques, dans un esprit de compréhension et de respect mutuels. »

En 2008, une année entière a été consacrée au concept, par de nombreuses activités à destination des Européens. Celle-ci a été considérée comme un succès de la part des institutions européennes.

Dès lors, comment expliquer la situation de fermeture et de rejet du projet européen qui se fait jour actuellement ?

Déroulé de l’atelier

Cet atelier d’une heure trente propose, à l’aide de la technique du photo langage, de répondre à cette question, à laquelle j’ai consacré deux années de recherche universitaire.

Après un rapide tour d’horizon des participants, j’ai introduit le sujet évoqué précédemment avec une définition rapide du dialogue interculturel, un aperçu de l’année européenne du dialogue interculturel de 2008 et un rappel du contexte actuel. La consigne était ensuite la suivante : choisir une image parmi la sélection proposée et réfléchir 5 minutes sur ce que dit cette image pour chacun de l’Europe.

Une fois le temps écoulé, vient l’étape de la mise en commun avec le témoignage de chaque participant de ce qu’est l’Europe pour lui en s’appuyant sur l’image. Je me suis permis de rebondir sur chaque ressentie venant faire écho aux limites du système européen avant une réflexion commune sur comment relever le défi de ces impasses.

Voici quelques descriptions :

Sur cet image, on observe une silhouette de femme ainsi que son ombre qui trace un chemin. Le reste de l’image est blanc, comme une possibilité d’écrire son histoire. L’Europe pour moi c’est la possibilité de tracer son chemin. En effet, contrairement à mon pays d’origine (pays tiers), le sol européen et synonyme de grande liberté, de potentiels enrichissements réciproques entre tous. C’est en Europe que je vois mon futur. 

> Cet avis est très intéressant car il semble montrer que pour les habitants de pays tiers, contrairement à beaucoup d’Européens, le continent représente une espace très positif, sans défaut, dans lequel les conditions sont réunies pour la réussite personnelle.

Cette image m’évoque l’Europe car on y voit des conteneurs colorés. Ces teintes sont synonymes de vie, mais restent hermétiques à ce qui est extérieur. Pour moi cela représente l’Europe au sens où chacun a un grand potentiel, des qualités, mais reste de son côté, d’où la difficulté de construire ensemble. Tant que chacun reste chez soi, certain de ce qui lui est propre, il se sent rassuré, mais cela ne permet pas de s’ouvrir à une Union. 

> Ce commentaire rappelle en effet cette distance maintenue, qui se matérialise souvent dans des retranchements nationaux et qui, par peur de perte de souveraineté sur ses propres acquis et ses particularités, en vient à rejeter le projet européen.

Cette image me rappelle mon séjour Erasmus en Pologne. En effet, là-bas, mise à part la bière, la conscience européenne est inexistante et même perçue très négativement. En effet, les Polonais, et plus généralement les habitants des pays de l’Est de l’Europe, désapprouvent fortement ce système concurrentiel duquel ils se sentent étrangers. 

> Ce commentaire fait écho au système fonctionnaliste de l’UE qui a du mal à intégrer ses populations et à créer un réel sentiment partagé à l’échelle continentale.

Cette photo me fait penser à mon Service Civique dans lequel toutes les actions étaient très belles, mais qui finalement n’aboutissaient pas à un réel changement.

> Ici il est possible de penser à toutes les activités que déploie le Conseil de l’Europe pour démocratiser l’Union, mais qui ne se trouvent pas efficaces car elles sont parachutées, selon un système descendant, ce qui ne permet pas de s’approprier la pratique par manque de réalité.

Cette image de construction me rappelle les nombreux jumelages et partenariats franco-allemands que j’expérimente lors de mon Service Civique. Je trouve qu’ils sont très forts humainement et que de nombreuses initiatives au niveau local émergent. 

> Ici il est possible de rebondir sur les moyens que les gens mettent en place pour leurs projets. Un vrai sens pour les acteurs semble émerger dans cette configuration ascendante, ce qui permet une réelle démocratisation.

Sur cette carte postale, je vois diverses formes, assez fluides mais imprécises. Cela correspond assez à ce que je connais de l’Europe : pas grand-chose. Cela reste assez abstrait pour moi. 

> Ici nous pouvons aisément faire le lien avec la politique de communication de l’UE, qui certes envoie des informations, mais celles-ci ont du mal à s’inscrire dans la réalité et à être intelligibles. En effet, d’une part les discours très complexes, peu durables, quelque peu déconcertés, sont difficilement intégrables par tous. D’autres part, il s’agit plutôt d’un discours promotionnel et diplomatique qui ne permet pas une réflexion profonde sur l’Union et son projet.

Après ces prises de paroles individuelles, il était possible de partir de ces limites et d’essayer d’en proposer le dépassement en commun.

Plusieurs perspectives sont apparues :

  • revenir à une information pertinente des Européens
  • éviter ce système fonctionnaliste et descendant pour un réel travail partagé entre institutions et population. Cela permettrait de créer un réel sentiment de souveraineté favorable aux individus pour se sentir concerné par la cause européenne et se faire entendre pour permettre aux institutions d’axer leurs actions sur des leviers plus réalistes. Cela peut notamment passer par une citoyenneté moins conditionnelle qu’elle ne l’est actuellement et surtout un projet réellement participatif
  • réussir à inclure des populations plus éloignées historiquement des débuts de l’UE, notamment les migrants ou les pays récemment entrés dans l’UE, car aujourd’hui la complexité est un élément incontournable à prendre en compte
  • réduire les mouvements de fermeture comme les nationalismes et particularismes en rassurant leurs acteurs sur le fait que l’UE n’aspire pas à englober dans un grand tout, effaçant les particularismes.

Ces quelques pistes peuvent et doivent s’appuyer sur un engagement individuel de chacun, dans des actions simples comme certains lauréats en sont déjà spontanément ambassadeurs (compagnie de théâtre européenne, service volontaire européen pour les jumelages franco-allemands, spectacle engagé de danse avec des réfugiés…).

L’Europe et sa cohésion peuvent se jouer à un niveau local également et nous, jeunes engagés, avons le potentiel, à notre mesure d’initier un changement de paradigme nécessaire pour la suite et l’approfondissement du projet, qui se présente comme LE projet d’avenir. Il convient de trouver un dialogue, pas uniquement interculturel, mais aussi plus vertical et d’avancer avec les institutions.

Texte et photos : Léa Klein

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