Retour sur la visite de l’exposition “AlUla, merveille d’Arabie ” à l’Institut du monde arabe

By 29 octobre 2019 novembre 15th, 2019 32 - Paris 2019, Activités, Promotions 2018, Promotions 2019

Au lendemain d’une conférence animée par Jack Lang qui préside l’Institut du monde arabe depuis 2012, les lauréates et lauréats ont eu l’opportunité dans le cadre de la 32eme université de l’Engagement à Paris de visiter l’exposition temporaire présentée actuellement à l’Institut du monde arabe : AlUla, merveille d’Arabie – l’oasis aux 7000 ans d’histoire. Conçue en partenariat avec la Royal Commission for AlUla et organisée sur deux étages, cette exposition évoque l’histoire de la région d’al-‘Ulâ en proposant aux visiteurs de partir à la découverte de cet endroit étonnant et des populations qui s’y sont succédées depuis plusieurs millénaires. 

Plongé dans la pénombre, c’est autour de courts-films réalisés par Yann Arthus-Bertrand que le visiteur est invité à commencer son voyage à al-‘Ulâ, région située au nord-ouest de l’Arabie saoudite actuelle. Sur les écrans les paysages se suivent et ne se ressemblent pas : les vastes étendues de sable laissent place à des massifs montagneux de grès et de basalte entre lesquels apparaissent des palmeraies verdoyantes. Héritée d’un long processus géomorphologique et climatique, la grande diversité paysagère de cette région est avant tout liée aux trois oasis disséminées le long de la vallée qui ont été développées très tôt avec l’utilisation par les hommes de l’eau souterraine. 

L’histoire humaine de la région d’al-‘Ulâ est plurimillénaire. Elle remonte au moins d’après les recherches menées par les archéologues et les vestiges retrouvés au paléolithique inférieur puis s’est poursuivie au néolithique et durant l’âge de Bronze comme en témoigne la découverte d’outillages et de plusieurs structures en pierre parmi lesquelles des cairns ou encore des sépultures. Elle se prolonge ensuite pendant l’Antiquité avec l’avènement de trois grands royaumes préislamiques qui se succèdent et aménagent leur territoire : le royaume de Dadan, le royaume de Lihyän et le royaume nabatéen. Durant cette période qui s’étend sur plus d’un millénaire se développe à proximité de la vallée deux grandes villes : celle de Dadan puis celle d’Hégra, sites sur lesquels ont notamment été découvert des sanctuaires et plusieurs tombeaux rupestres. Prospères grâce à l’irrigation de l’eau souterraine qui permet dans la vallée la pratique d’une agriculture diversifiée, ces nouveaux centres politiques et religieux développent leur économie. Pleinement intégrée à la route de l’encens par laquelle sont acheminées de nombreuses matières premières, denrées et produits artisanaux, la région d’al-‘Ulâ devient à cette époque un véritable carrefour commercial au milieu du désert et sert vraisemblablement de lieu d’escale pour les caravaniers et les marchands. Les fouilles ont aussi permis d’attester que durant la période antique plus tardive entre le IIe siècle et le IVe siècle ap.J.-C, des militaires romains se sont implantés dans cette région annexée par l’Empire en 106 après J.-C., avec la découverte à Hégra d’inscriptions en grec et en latin et d’un camp romain. Après l’avènement de l’islam en 622, les routes commerciales qui traversent la vallée deviennent essentielles pour effectuer le pèlerinage jusqu’aux lieux saints de la Mecque et de Médine. Deux nouvelles villes, celle de Qurh et celle de la vieille ville d’al-‘Ulâ sont construites. Itinéraire privilégié pour les pèlerins venant de Syrie et d’Égypte, les routes religieuses jusqu’au début du XXe siècle passent par cette vallée où les oasis garantissent un ravitaillement en eau et en denrées. 

Avec un parcours chronologique qui s’articule autour de ces différentes périodes, l’exposition met en valeur différents vestiges lapidaires, funéraires et artisanaux découverts durant les fouilles dans la vallée d’al-’Ulâ. Bas-relief décorés, blocs de statuaires monumentales, figurines en bronze, fragments d’inscriptions, céramiques ou encore bijoux, les vestiges matériels présentés permettent de retracer l’histoire longtemps méconnue de cette vallée. Aux objets s’ajoutent dès les premières salles de l’exposition de nombreuses photographies des sites étudiés, des interviews et plusieurs reconstitutions numériques pour mieux comprendre les spécificités géologiques et archéologiques de cette région. Mon coup de cœur de l’exposition : un bas-relief en grès rouge provenant du site de Dadan et daté d’entre le Ve et le Ier siècle avant J.-C. sur lequel est représenté une lionne allaitant son petit. 

Commencées il y a près de vingt ans, les fouilles archéologiques d’al-‘Ulâ sont menées sur place par des équipes scientifiques franco-saoudiennes. Symbole de la coopération intergouvernementale entre Paris et Riyad, ces chantiers archéologiques marquent une collaboration qui est amenée à se poursuivre avec la signature en 2018 des accords pour le développement d’AlUla par M. Macron, Président de la République et M. Ben Salman, prince héritier de l’Arabie saoudite. Des accords qui prévoient la mise en valeur de cette région et de son patrimoine à la fois historique et naturel en plusieurs volets avec l’aménagement de voies de communication, d’hébergements et de commerces mais aussi la création de musées et d’un centre de recherche pour accueillir in situ les visiteurs. En attendant de pouvoir se rendre directement sur place pour admirer les architectures monumentales sculptées dans la pierre, l’exposition AlUla, merveille d’Arabie – l’oasis aux 7000 ans d’histoire se poursuit à l’Institut du monde arabe jusqu’au 19 janvier 2020.

Pour + d’infos rendez-vous sur le site de l’Institut du monde arabe : https://www.imarabe.org/fr 

Et ne manquez pas les interviews des deux chercheurs et archéologues Nehmé Laïla et Alsuhaibini Abdulrahman qui sont également les commissaires de l’exposition sur le blog de l’Institut du monde arabe à l’adresse suivante : https://www.imarabe.org/fr/blog

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