Portrait d’une lauréate : Célia Durand

By 30 octobre 2019 novembre 27th, 2019 32 - Paris 2019, Lauréats, Promotions 2018, Promotions 2019

« Si l’on doutait autant de nos peurs que de nos rêves, on pourrait réaliser l’impossible »

Après avoir passé son baccalauréat scientifique, Célia n’a qu’une envie : quitter le système scolaire français dans lequel elle a rencontré de nombreuses difficultés à s’épanouir. À demi-mots, elle m’évoque ses problèmes et les incertitudes de son adolescence qu’elle a traversé en affrontant l’incompréhension et le regard des autres. « Juste après mon baccalauréat j’ai eu envie de quitter la France pour découvrir si d’autres méthodes éducatives plus adaptées aux jeunes qui ont connu des obstacles personnels et ont eu des difficultés à apprendre existaient ailleurs. »

Célia choisit alors de dire aurevoir à la France et à tout juste 18 ans elle part sans se retourner. Sa décision est prise. Direction : l’Allemagne. Ayant déjà de l’expérience dans le domaine de l’animation, elle choisit de réaliser un service civique dans un établissement scolaire. Elle découvre une nouvelle culture et s’initie à d’autres techniques d’apprentissage. Là-bas, elle donne des cours de français et mène à bien des projets avec des jeunes de niveau scolaire différents allant du CM2 à la terminale. Cette année à l’étranger se transforme en véritable voyage initiatique. Au contact de la culture allemande et des jeunes avec lesquels elle échange chaque jour, Célia grandit. Elle se surprend à rêver d’aventures, prend confiance en elle en enseignant aux autres, affirme son engagement pour l’écologie et alimente sa réflexion sur la vie et sur le monde. Pour elle, c’est un nouveau départ qui commence sous le signe du partage.

À la suite de son long séjour en Allemagne, Célia revient en France où elle décide de poursuivre son voyage. Et pour allier sa quête de partage et de solidarité à sa conviction écologique, c’est en autostop qu’elle choisit de repartir à l’aventure. Ma réaction ne se fait pas attendre : « – en stop ? Mais tu n’as pas peur qu’il t’arrive quelque chose ? » Célia me sourit. Cette question, elle l’a entendue des centaines de fois, peut-être même des milliers. Et la réponse est invariable : « Non je n’ai peur. » Elle me raconte alors ses pérégrinations en autostop en France et ailleurs. Elle m’explique le plaisir qu’elle éprouve à rencontrer des personnes au hasard sur les routes et leurs discussions de quelques minutes ou de plusieurs heures, ces précieux témoignages volés au temps qu’elle note parfois sur son petit carnet de bord personnel pour « ne pas oublier ». Souvent, elle décide de partir sur son temps libre avec pour seul bagage un petit sac à dos, sans savoir qui elle va rencontrer, de quoi elle va parler, où elle va dormir. Son plus grand défi réalisé ? Un périple de 3000 km entièrement parcouru en stop pendant quatre jours au cours duquel elle a traversé cinq frontières : France, Suisse, Lichtenstein, Autriche et Allemagne. Pour elle, tant qu’il y a des places de libre dans une voiture pour aller quelque part il n’y a rien de plus logique que de les remplir et de partager avec les autres. Et même si aujourd’hui de plus en plus d’applis permettent d’organiser facilement un covoiturage, Célia préfère le charme de l’inattendu.

« Alors bien sûr, me confie-t-elle, des mauvaises expériences ça peut arriver en autostop mais comme ça peut arriver quand on se balade dans la rue ou quand on sort dans un bar, quand on va en soirée... Il ne m’est jamais rien arrivée de grave. » Pour limiter les risques, Célia se fie à son instinct : « Si jamais une voiture s’arrête et que je n’ai pas un bon pressentiment concernant la personne, rien ne m’oblige à monter dans son véhicule. Je décline simplement en la remerciant et lui souhaite une bonne route. Dès que je monte dans une voiture, j’active toujours ma géolocalisation au cas où et j’envoie même la plaque d’immatriculation à une personne de confiance, comme ça quelqu’un sait toujours où je suis, surtout quand je parcours de longues distances. Mais il ne faut pas confondre avoir peur et faire attention. Avoir peur c’est être paralysé et se refuser de faire des choses, c’est passer à côté de rencontres extraordinaires, c’est arrêter de vivre. Faire attention c’est savoir s’écouter et ne pas prendre de risques inutiles sans pour autant restreindre sa liberté sous prétexte que l’on est des filles, que l’on est jeune ou que ça pourrait être dangereux. Faire de l’autostop pour moi, c’est une façon merveilleuse de voyager, c’est avoir confiance en les autres et c’est apprendre à connaître mes voisins tout en respectant l’environnement. Je veux vivre. »

Et c’est ce même désir indéfectible de vivre, de découvrir le monde et d’échanger avec les autres qui lui a donné envie de candidater à l’Institut de l’Engagement. « Je ne voulais pas que mon engagement se termine avec la fin de mon service civique. Même si je ne sais pas précisément dans quel domaine je souhaite évoluer professionnellement, j’avais quand même envie de partager mon expérience et de pouvoir rencontrer d’autres jeunes ayant des parcours différents. » Célia décide alors de déposer son dossier pour la session de printemps 2019 afin d’intégrer le parcours formation avec un projet en tête : intégrer une première année de droit franco-allemand pour conjuguer dans ses études la richesse que lui a apporté son année passée en Allemagne à sa volonté de s’engager. Si elle n’a pas encore un projet professionnel clairement défini, elle sait d’ores et déjà qu’elle veut participer chaque jour à la construction d’un autre monde empreint de résilience. Un monde avec plus de bienveillance et de solidarité dans lequel nos cauchemars, imaginaires ou vécus, n’entraveront plus nos rêves.

Célia complète le dossier pour intégrer l’Institut de l’Engagement. Sélectionnée, elle passe ensuite l’oral et apprend quelques semaines plus tard qu’une nouvelle aventure est sur le point de commencer lorsque s’affiche sur son écran d’ordinateur les mots suivants : lauréate de l’Institut de l’Engagement promotion printemps 2019. Une nouvelle aventure qui l’enthousiaste car elle a hâte de faire la connaissance des autres lauréats et lauréates et de pouvoir assister à des conférences qui, elle en est sûre, auront beaucoup à lui apporter. Une nouvelle aventure qui la rassure aussi car après une scolarité compliquée, elle appréhende son arrivée sur les bancs de la faculté française et est heureuse de savoir qu’en cas de doute ou de besoin son chargé d’accompagnement sera à son écoute et prêt à l’aider.

« Avant de candidater, je savais déjà que je souhaitais reprendre mes études en licence de droit franco-allemand, mais grâce à l’Institut de l’Engagement et aux Universités je vois les choses autrement aujourd’hui. Les Universités me permettent de m’enrichir et d’avoir une approche différente sur plein de sujets et sur le monde. Pour moi, c’est un moment hors du temps rempli de rencontres inattendues avec des personnes qui sont toutes prêtes à échanger sur leur vécu, à partager leurs expériences et à transmettre leurs connaissances. »

Et sans les Universités de l’Engagement, je n’aurais sans doute jamais rencontré Célia, et je ne pourrais pas me remémorer quand j’ai peur, la phrase qu’elle m’a dite au cours de notre discussion à Autrans le soir de notre rencontre : « Tu sais Amélie, je suis convaincue que si l’on doutait autant de nos peurs que de nos rêves, on pourrait réaliser l’impossible. »

Texte : Amélie Delobel
Photos : Amélie Delobel

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